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  • La MAS en milieu urbain, une prévalence sous-estimée

    08-05-2014 Malnutrition Tchad
    La malnutrition aigüe sévère se traduit par un faible rapport poids/taille et représente une cause importante de mortalité chez les enfants de moins de cinq ans. Elle se caractérise par une sérieuse perte en gras, et affecte les enfants au point de les rendre faibles et léthargiques.
    Cette affection est souvent vue comme caractéristique des zones rurales alors qu’elle touche fortement les zones urbaines. Le Docteur Maidadji, Chef de projet au Tchad revient sur l’intervention d’ALIMA/Alerte Santé (AS) à N’Djamena, dans la prise en charge de la MAS en zone urbaine.


     

    Peux-tu nous parler du projet mis en place par ALIMA à N’Djamena ?

    ALIMA mène en partenariat avec l’ONG tchadienne Alerte Santé un projet de prise en charge de la MAS en milieu urbain depuis avril 2013. Jusqu’à présent cette pathologie a toujours été considérée comme l’apanage des milieux ruraux alors que certains cas étaient rapportés dans les quelques dispensaires de la ville.

    ALIMA et Alerte Santé ont donc conduit une évaluation, dont les résultats ont démontré la nécessité d’intervenir en zone urbaine. Aujourd’hui, nous venons en appui à 4 centres de santés sur 2 districts, soit une couverture de 600 000 habitants alors que N’Djamena en compte 1,2millions.

    Très vite nous avons constaté une forte augmentation de nos activités et avons dû réviser nos estimations. Nous sommes désormais à une moyenne de 400 admissions par semaine, avec un taux d’abandon moins faible qu’en zone rurale. Notre collaboration avec le Ministère de la Santé nous permet de proposer un paquet de soins, et de mettre en place une surveillance vaccinale, en plus de prendre en charge la malnutrition.


    Quels sont les défis majeurs auxquels les équipes font face au quotidien dans la prise en charge de la MAS en milieu urbain ?

    L’un des grands défis auquel nous avons été confrontés est la rapide augmentation des demandes alors que nous n’avions mené aucune campagne de promotion de nos activités. Nous avons donc vite compris les réels besoins en prise en charge de la MAS à N’Djamena. Cette forte demande s’explique par l’absence de système de prise en charge au niveau communautaire. ALIMA et AS ont donc dû combler cette lacune et trouver les moyens d’accueillir quotidiennement un nombre important de patients tout en maintenant la qualité des soins apportés. Cette tâche n’est pas simple, il faut jongler avec des équipes très mobiles tout en maintenant leur niveau d’expertise dans la prise en charge de la MAS. ALIMA et AS sont aujourd’hui les seuls acteurs à prendre en charge la MAS en milieu hospitalier à N’Djamena. 4 autres acteurs interviennent au niveau ambulatoire, mais cela est insuffisant face aux cas qui nécessitent une prise en charge plus conséquente.


    Comment avez-vous fait face à l’augmentation des besoins ?

    Dès les premières semaines, nous avons compris que nous serions débordés. Nous avons donc étudié avec nos bailleurs les différentes alternatives qui s’offraient à nous, et décidé de mettre l’accent sur le recrutement du personnel. Nous sommes donc passés d’une équipe de 20 à 66 médicaux et avons multiplié les formations afin de maintenir la qualité de la prise en charge.

    Nous maintenons également de nombreux échanges avec le ministère de la Santé et les chefs de districts et rencontrons les autres acteurs au cours des différentes réunions de Clusters auxquelles nous participons. La multiplication des contacts nous permet d’être plus au fait des tendances et d’anticiper les problématiques que nous pourrions rencontrer.


    Le ministère de la Santé a dernièrement intensifié sa réponse à l’épidémie de rougeole en lançant une campagne de vaccination. Comment ALIMA/AS interviennent sur le sujet ?

    Dès l’annonce des premiers cas, en janvier, nous avons mis en place une Unité de prise en charge, composée de médecins et d’infirmiers formés. Depuis 52 enfants ont pu être sauvés. L’attention est tournée vers les enfants de moins de 5 ans. Mais, des enfants beaucoup plus âgés sont touchés et nous tentons d’alerter les autorités sur ce fait .


    En tant que membre de BEFEN, ONG nigérienne qui a initié le tout premier partenariat d’ALIMA avec une ONG nationale, avez-vous vu le partenariat évoluer entre 2009 et maintenant ?

    Un partenariat n’avait jamais été si poussé entre une ONG nationale et internationale. Alors bien sûr, pour aboutir à un tel résultat, les choses n’ont pas toujours été simples, et il a fallu s’adapter des deux côtés. Depuis, ALIMA a étendu son action et donc son mode de fonctionnement à d’autres entités en Afrique. L’expérience acquise avec BEFEN a permis une meilleure organisation du partenariat et la mise en place de la Plateforme qui est un bel exemple du transfert de compétences entre ONGs.

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